Vous vous levez le matin. Vous répondez aux messages, vous travaillez, vous gérez les rendez-vous, les courses et les besoins des autres. Vu de l’extérieur, tout semble aller normalement.
Pourtant, à l’intérieur, quelque chose paraît s’être mis en pause.
Les journées s’enchaînent en mode automatique. Les émotions semblent plus lointaines. Même les activités autrefois agréables ne procurent plus tout à fait le même plaisir. Vous continuez à fonctionner, mais vous avez parfois l’impression de ne plus être réellement présent à votre propre vie.
Sur les réseaux sociaux, cet état est de plus en plus souvent désigné par l’expression anglaise « functional freeze », que l’on pourrait traduire par « figement fonctionnel ». Derrière ce terme très tendance se cache un vécu qui mérite d’être entendu, mais aussi abordé avec prudence.
De Quoi Parle-T-On Exactement ?
Le figement fonctionnel désigne un état dans lequel une personne reste capable d’accomplir ses obligations quotidiennes tout en ressentant une forme de ralentissement intérieur, de détachement ou d’épuisement émotionnel.
Contrairement à ce que le mot « figement » pourrait laisser penser, la personne n’est pas nécessairement immobile ou incapable d’agir. Elle peut même paraître particulièrement organisée, fiable et productive.
Mais cette efficacité repose parfois sur un fonctionnement mécanique :
- accomplir les tâches sans véritable élan ;
- éviter les décisions qui ne sont pas urgentes ;
- repousser les moments de repos ;
- se couper progressivement de ses sensations et de ses émotions ;
- consacrer son énergie aux autres tout en négligeant ses propres besoins.
Le stress est une réaction normale de l’organisme face aux pressions du quotidien. Il peut cependant devenir préoccupant lorsqu’il s’installe durablement et commence à perturber le sommeil, la concentration, les relations ou le fonctionnement habituel, comme le rappelle l’American Psychological Association.
Le figement fonctionnel peut donc être compris comme une image permettant de décrire certains effets possibles d’un stress prolongé. Il ne constitue toutefois ni une maladie distincte ni un diagnostic que l’on pourrait poser soi-même.
Pourquoi est-il si difficile à repérer ?
Parce que nous avons souvent appris à mesurer le bien-être d’une personne à ce qu’elle parvient encore à faire.
Tant qu’elle travaille, répond aux messages, s’occupe de sa famille et respecte ses engagements, son entourage peut penser qu’elle va bien. Elle-même peut minimiser ce qu’elle ressent :
« Je n’ai pas de raison de me plaindre »,
« Tout le monde est fatigué »
ou « Il faut simplement que je me motive ».
Or, être encore capable de fonctionner ne signifie pas nécessairement aller bien.
Certaines personnes compensent leur mal-être en redoublant d’efficacité. L’activité permanente évite alors de ralentir suffisamment pour ressentir la fatigue, la tristesse, la peur ou la solitude accumulées.
Ce phénomène peut toucher tout le monde, mais il semble particulièrement familier aux personnes qui portent beaucoup de responsabilités, ont l’habitude de prendre soin des autres ou éprouvent des difficultés à demander de l’aide.
Des signes à écouter sans s’autodiagnostiquer
Une période difficile ou quelques journées sans motivation ne suffisent pas à conclure que l’on se trouve en « figement fonctionnel ». En revanche, certains ressentis persistants peuvent inviter à s’interroger :
- avancer dans ses journées en mode automatique ;
- se sentir émotionnellement « à plat » ;
- éprouver des difficultés à se concentrer ou à prendre des décisions simples ;
- ne plus savoir ce dont on a envie ;
- s’isoler, même lorsque l’on aurait besoin de soutien ;
- repousser sans cesse les tâches personnelles ;
- être épuisé tout en ayant du mal à réellement se reposer ;
- ressentir moins de plaisir ou d’intérêt qu’auparavant ;
- avoir l’impression d’être spectateur de sa propre vie.
Ces manifestations peuvent aussi être associées à de l’anxiété, un épuisement professionnel, une dépression, un deuil, un traumatisme, certains troubles dissociatifs ou encore un problème de santé physique. C’est pourquoi il est préférable de ne pas leur attribuer trop rapidement une seule explication.
Psycom rappelle notamment que les troubles anxieux peuvent entraîner fatigue, difficultés de concentration, irritabilité, tensions musculaires et troubles du sommeil. La dépression peut également s’accompagner d’une baisse d’énergie, d’un ralentissement, d’une perte d’intérêt et d’un sentiment de désespoir.
Seul un professionnel qualifié peut évaluer précisément la situation.
Ce n’est pas un manque de volonté
Lorsqu’on ne se reconnaît plus tout à fait, le premier réflexe consiste souvent à se juger :
« Je suis devenu paresseux »,
« Je devrais faire davantage d’efforts »
ou « Je n’ai aucune raison d’aller mal ».
Ces reproches ajoutent pourtant une pression supplémentaire à un organisme qui manque peut-être déjà de ressources.
Notre capacité à gérer le stress n’est pas illimitée. Une succession de responsabilités, de changements, d’incertitudes ou d’épreuves peut progressivement réduire notre disponibilité mentale et émotionnelle. Il ne s’agit pas nécessairement d’une faiblesse personnelle, mais parfois du signe que l’équilibre entre les exigences vécues et les ressources disponibles s’est fragilisé.
This is not necessarily a sign of personal weakness. It may instead suggest that the balance between life’s demands and the resources available to meet them has become fragile.
La bonne question n’est alors peut-être pas : « Comment devenir plus productif ? »,
mais plutôt : « De quoi ai-je besoin pour retrouver un peu de sécurité, de repos et de présence ? »
Revenir doucement vers soi
Il n’existe pas de méthode universelle pour sortir d’un état de déconnexion ou d’épuisement. Les grands bouleversements et les programmes très exigeants peuvent même devenir une nouvelle source de pression.
Quelques gestes simples peuvent néanmoins aider à reprendre contact avec ses besoins :
Réduire momentanément les exigences
Identifier ce qui est réellement indispensable et ce qui peut attendre permet de libérer un peu d’espace mental. Demander de l’aide ou renégocier une échéance n’est pas un échec.
Revenir aux sensations concrètes
Sentir ses pieds sur le sol, observer sa respiration sans chercher à la modifier, prendre une douche tiède, marcher quelques minutes ou écouter les bruits environnants.
Ces simples actions peuvent aider à retrouver un contact avec l’instant présent.
Réintroduire de petits choix personnels
Lorsque l’on fonctionne en pilote automatique, la question « Qu’est-ce qui me ferait du bien aujourd’hui ? » peut sembler trop vaste.
On peut commencer plus modestement :
Ai-je besoin de calme ou de compagnie ?
D’air frais ou de repos ?
De parler ou simplement d’être écouté ?
Préserver les besoins fondamentaux
Le sommeil, une alimentation régulière, l’activité physique adaptée, le repos et les liens sociaux ne règlent pas toutes les difficultés psychologiques. Ils constituent néanmoins des points d’appui importants.
Psycom recommande notamment de prendre du repos lorsque cela est nécessaire, de rester actif, de préserver son sommeil et de maintenir le contact avec les autres et avec la nature.
En parler à une personne de confiance
Mettre des mots sur ce que l’on traverse peut déjà rompre une partie de l’isolement. Il n’est pas nécessaire d’avoir une explication parfaite.
Vous pouvez simplement commencer par :
« Je continue à tout faire, mais intérieurement, je ne me sens pas bien. »
Quand demander de l’aide ?
Un accompagnement professionnel peut être utile lorsque cet état persiste, s’aggrave ou commence à affecter le travail, les relations, le sommeil, l’alimentation ou la capacité à prendre soin de soi.
Il est particulièrement important de consulter rapidement en présence :
- d’angoisses intenses,
- de sensations fréquentes d’irréalité,
- d’une perte marquée d’intérêt,
- d’une consommation accrue d’alcool, ou d’autres substances,
- ou de pensées suicidaires.
Un médecin pourra également vérifier si certains symptômes, comme une fatigue importante ou des difficultés de concentration, ont une cause physique.
Demander de l’aide ne signifie pas que l’on a échoué à gérer seul. Cela signifie que l’on reconnaît que ce que l’on traverse mérite de l’attention.
Retrouver sa place dans sa propre vie
Le succès du terme « figement fonctionnel » révèle peut-être une réalité plus large : beaucoup de personnes ont appris à continuer coûte que coûte, mais pas toujours à reconnaître le moment où elles ont besoin de soutien.
Mettre un mot sur son ressenti peut apporter du soulagement. Ce mot ne doit cependant pas devenir une étiquette définitive ni remplacer une véritable évaluation professionnelle.
On peut être présent pour tout le monde et avoir malgré tout besoin que quelqu’un soit présent pour nous.
On peut sembler solide et se sentir fragile.
On peut continuer d’avancer tout en ayant besoin de ralentir.
Parfois, le premier pas ne consiste pas à faire davantage. Il consiste simplement à reconnaître, avec douceur :
« En ce moment, je fonctionne… mais je ne vais pas aussi bien que j’en ai l’air. »
Vous n’avez pas à traverser cela seul
Cet article fournit des informations générales et ne remplace pas les conseils, le diagnostic ou le traitement d’un médecin, d’un psychologue ou de tout autre professionnel de santé qualifié.
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